« NOUS NOUS BATTONS POUR LA LIBERTE, POUR MOI LA PIRE DES CHOSES SERAIT DE
VIVRE ESCLAVE »
Il est né en 1953 dans le village de Jangalak, dans la vallée du Panjshir, fils d'un officier supérieur de la monarchie Afghane.
Il appartient à l'ethnie tadjique. Il a suivi ses études au lycée français Isteqlal de Kaboul, où il a appris le français, avant de faire des études d'ingénieur du génie civil à l'École
polytechnique de Kaboul.
Jaloux de l'indépendance de son pays, il rejoint la Résistance et la clandestinité en 1973, dès le coup d'État fomenté par le
prince Daoud. Pendant cinq années, il fait le coup de feu en compagnie d'à peine une centaine d'hommes, armés de fusils datant du début du siècle.
Les communistes prennent officiellement le pouvoir en 1978, et en 1984, au plus fort de la guerre contre les troupes
soviétiques, Ahmed Chah Massoud crée et prend la tête du Conseil de surveillance, qui va vite devenir le véritable centre politique de tout le nord de l'Afghanistan — au total son influence
s'étend sur 15 des 29 provinces afghanes —, avec des attributions très larges comprenant : affaires politiques, administratives et militaires. Il est un tacticien et un stratège hors pair et
le seul chef de la Résistance à n’avoir jamais réussi à imposer une trêve avec l’Armée rouge en échange de son retrait.
Indépendant et opposé aux extrémistes religieux ou politiques, il a toujours eu des relations tumultueuses avec les Pakistanais,
les Américains, les Saoudiens, comme avec les tendances pro-iraniennes ou pro-saoudiennes de son propre parti, le Jamiat-Islami. À la différence des Britanniques et des Français, les Américains
ne lui faisaient pas confiance (surtout à cause de sa capacité à négocier en 1984 avec Andropov directement) et ne lui envoyèrent que très peu de Stinger qui ont été une arme déterminante dans la
résistance.
Le 2 juillet 2000, il reçoit une délégation de femmes dans la vallée du Panshir et signe la Charte des droits fondamentaux de la
femme afghane, rédigée et promulguée quelques jours plus tôt à Douchanbé (Tadjikistan) par des Afghanes en exil, à l'initiative de l'association NEGAR-Soutien aux femmes
Il a été tué dans un attentat suicide le 9 septembre 2001 à Khwadja Bahuddin, dans la province de Takhar au nord-est de
l'Afghanistan : les terroristes avaient pu l'approcher en se faisant passer pour des journalistes munis de faux passeports belges . Sa mort a précédé de deux jours les attentats du 11
septembre 2001 aux États-Unis ; il est raisonnable de penser que les deux événements étaient coordonnés. L'élection présidentielle afghane d'octobre 2004 montre que sa présence aurait
modifié les rapports entre l'armée des occidentaux et le peuple afghan, mais aussi l'attitude indisciplinée des seigneurs de guerre afghans, et le « renouveau » des talibans. À
plusieurs reprises, il avait essayé d'attirer l'attention de la communauté internationale sur le danger représenté par Oussama ben Laden
Cidessous la lettre que Massoud a envoyé au Américain pour qu'ils arrêtent leurs soutiens au taliban via le Pakitan ,avant que ces derniers seux retournent contre eux
UN MESSAGE AU PEUPLE DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE
8 octobre 1998
Par Ahmad Shah MASSOUD, ministre de la Défense, Etat Islamique d'Afghanistan
Communication à la Commission des Relations Internationales du Sénat des Etats-Unis Audience sur les événements en
Afghanistan
Monsieur le président, Messieurs les honorables représentants du peuple et des Etats-Unis
d'Amérique,
Au nom de Dieu,
Je vous envoie ce message aujourd'hui au nom de l'amour pour la liberté et la paix du peuple d'Afghanistan, au nom des
Moudjahidine combattants de la liberté qui ont résisté et battu le communisme soviétique, des hommes et des femmes qui résistent toujours à l'oppression et à l'hégémonie étrangère, et au nom de
plus d'un million et demi de martyrs afghans qui ont sacrifié leurs vies pour soutenir quelques unes des valeurs et idéaux communs à bien des Américains et des Afghans. Nous sommes à un moment
crucial et unique de l'histoire de l'Afghanistan et du monde, un moment où l'Afghanistan traverse encore un autre seuil et connaît une nouvelle période de lutte et de résistance pour assurer sa
survie en tant que nation libre et Etat indépendant.
J'ai passé ces vingt dernières années, la plupart de ma vie d'adolescent et d'adulte, aux côtés de mes compatriotes, au
service de la nation afghane, à mener une dure bataille pour préserver notre liberté, notre indépendance, notre droit à l'autodétermination et à la dignité. Les Afghans ont combattu pour Dieu et
leur pays, seuls parfois, avec l'aide de la communauté internationale à d'autres moments. Contre toute attente, nous, le monde libre et les Afghans, avons arrêté et contrecarré l'expansionnisme
soviétique il y a de cela dix ans. Mais les habitants attaqués de mon pays n'ont pu savourer les fruits de la victoire. Au lieu de cela, ils furent jetés dans un tourbillon d'intrigues
étrangères, de supercheries gigantesques, et de querelles intestines. Notre pays et notre noble peuple furent brutalisés et victimes d'une avidité qui n'avait pas lieu d'être, d'intentions
hégémoniques et de l'ignorance. Nous, Afghans, avons aussi fait des erreurs. Nos défauts sont des conséquences de notre innocence politique, de notre inexpérience, notre vulnérabilité, des
représailles, des querelles et d'hommes bouffis d'orgueil. Mais cela ne justifie en aucune façon ce que certains de nos prétendus alliés de la guerre froide ont fait pour saper cette juste
victoire et déclencher leurs plans diaboliques de destruction et d'assujettissement de l'Afghanistan.
Aujourd'hui, le monde voit et perçoit clairement les résultats de méfaits aussi inconsidérés. Le Sud de l'Asie Centrale
est plongée dans les troubles, et des pays sont au bord de la guerre. La production illégale de la drogue, les activités et les organisations terroristes y sont en hausse. Des massacres de masses
à motivation ethnique ou religieuse, des déplacements forcés de populations ont lieu, et les droits de l'homme et de la femme les plus élémentaires sont violés sans vergogne. Le pays a été
graduellement occupé par des fanatiques, des extrémistes, des terroristes, des mercenaires, des mafias de la drogue, et des assassins professionnels. Une faction, les Taliban, qui ne représente
en aucune manière l'Islam, l'Afghanistan ou notre héritage culturel vieux de plusieurs siècles, a exacerbé cette situation explosive. Ils refusent obstinément de parler ou d'obtenir un compromis
avec la moindre autre partie afghane.
Malheureusement, cette sombre réalisation n'aurait pu se matérialiser sans l'aide et l'implication directe de cercles
gouvernementaux et non gouvernementaux influents au Pakistan. En dehors de l'aide logistique, du fuel et des armes reçues du Pakistan, nos services de renseignement indiquent que plus de 28 000
citoyens Pakistanais, incluant du personnel paramilitaire et des conseillers militaires sont parties prenantes dans l'occupation des Taliban dans plusieurs régions d'Afghanistan. Actuellement,
nous tenons dans nos camps de prisonniers de guerre plus de 500 citoyens pakistanais incluant du personnel militaire. Trois problèmes majeurs - le terrorisme, la drogue et la question des droits
de l'homme - ont leur origine dans les zones tenues par les Taliban, mais furent engendrés à l'instigation du Pakistan, formant ainsi imbriqués les angles d'un triangle funeste. Pour beaucoup
d'Afghans de toutes ethnie ou religion, l'Afghanistan est un pays à nouveau occupé, pour la deuxième fois en dix ans.
Laissez-moi corriger un certain nombre d'affirmations fallacieuses propagées par les commanditaires des Taliban et leurs
lobbies à travers le monde. Dans le court et le long terme cette situation ne profitera à personne, même en cas de contrôle total par les Taliban. Il n'en résultera pas la stabilité, la paix et
la prospérité de la région. Le peuple d'Afghanistan n'acceptera pas un régime si répressif. Les pays de la région ne se sentiront jamais en sécurité. La résistance ne cessera pas en Afghanistan.
Elle prendra au contraire une nouvelle dimension nationale, englobant les Afghans de toutes les ethnies et de toutes les strates sociales.
Le but est clair. Les Afghans veulent regagner leur droit à l'autodétermination au moyen d'un processus démocratique ou
traditionnel acceptable pour notre peuple. Aucun groupe, aucune faction, ni aucun individu n'ont le droit de dicter ou d'imposer leur volonté par la force ou la procuration sur les autres. Mais,
d'abord, les obstacles doivent être repoussés, la guerre doit cesser, une paix juste doit être établie ainsi qu'une administration de transition visant à former un gouvernement
représentatif.
Nous voulons tendre vers ce noble but.Nous considérons comme de notre devoir de défendre l'humanité contre le fléau de
l'intolérance, de la violence et du fanatisme. Mais la communauté internationale et les démocraties du monde ne devraient pas perdre un temps qui est précieux, et devraient jouer leur rôle
critique pour aider de toutes les manières possibles le valeureux peuple d'Afghanistan à venir à bout des obstacles qui existent sur le chemin de la liberté, de la paix, de la stabilité et de la
prospérité. Une pression effective devrait être exercée sur les pays qui se dressent contre les aspirations du peuple d'Afghanistan. Je vous convie instamment à engager des discussions
constructives et substantielles avec nos représentants et tous les Afghans qui peuvent et veulent s'entendre dans un large consensus en faveur de la paix et de la liberté pour
l'Afghanistan.
Avec l'assurance de tout mon respect et mes meilleurs voeux pour le gouvernement et le peuple des
Etats-Unis
Ahmad Shah Massoud
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